À l’horizon 2035, la supériorité opérationnelle ne dépendra pas tant d’atouts opérationnels nouveaux issus de ruptures technologiques que de la cohérence opérationnelle obtenue par la synchronisation de capacités différenciantes. Cette aptitude à la synchronisation des domaines opérationnels est fondée sur la connectivité et l’aptitude à décider plus rapidement que son adversaire.

Cela suppose de ne pas penser séparément deux capacités clés indissociables en opérations : le commandement et la conduite des opérations « Command and Control » (C2) et la “guerre électronique” ou ses avatars doctrinaux, la GCEM (guerre dans le champ électromagnétique, France), les CEMA (Cyber and Electro Magnetic Activities) ou les JEMSO (Joint Electromagnetic Spectrum Operations).

  • Les systèmes de Command and Control (C2) regroupent l’ensemble des moyens et processus permettant à un niveau opérationnel donné de comprendre la situation, de décider et de coordonner l’action à un niveau opérationnelle donné. C’est notamment le cas de SICS, le système d’Information du combat SCORPION, choisi par l’armée de Terre française. 
  • La guerre électronique s’envisage de manière large : les actions destinées à maitriser à son profit le champ électromagnétique (EM) afin de mettre en œuvre et protéger les systèmes dont les fonctions reposent sur l’accès au champ électromagnétique (systèmes d’armes et C2), les actions de détection des activités EM de son ennemi et des parties prenantes à un conflit, et enfin celles destinées à l’entrave des actions ennemies via le champ électromagnétique.

Cette analyse propose une lecture pragmatique des prérequis fondamentaux à garantir pour préserver la supériorité opérationnelleau-delà des ruptures technologiques, et met en lumière les risques « d’angles morts » ou de maillons faibles dans l’architecture des systèmes de force. 

Pourquoi le champ électromagnétique (CEM) est devenu central dans les conflits modernes 

Longtemps considéré comme un enjeu secondaire, la liberté d’action dans le champ électromagnétique (CEM) s’impose désormais comme uncondition de la supériorité opérationnelle. Invisible mais omniprésent, « l’électron sur le champ de bataille » a trop longtemps été cet « éléphant dans la pièce » que l’on a trop souvent préféré ignorer, alors même qu’il conditionne l’efficacité des unités militaires infovalorisées et maintenant “data centrées”Les compétiteurs des armées occidentales ont en revanche bien identifié nos fragilités relatives à l’usage du champ électromagnétique. 
 
Cette réalité n’est pourtant pas nouvelle : dès 1992, le général Marc Monchal rappelait que « le maître de l’électron l’emportera sur le maître du feu »[1]. Une intuition confirmée par les conflits récents depuis 2014[2], où la maîtrise du champ électromagnétique n’est plus un avantage, mais une condition préalable à intégrer dans la conception et la conduite des opérations à tous les niveaux et dans toutes les composantes de l’action militaire. 

La maîtrise du champ électromagnétique n’est plus un avantage, mais une condition préalable à intégrer dans la conception et la conduite des opérations à tous les niveaux et dans toutes les composantes de l’action militaire.

Command and Control (C2) et guerre électronique : une interdépendance clé de la supériorité opérationnelle 

Dans la complexité de la conflictualité moderne, le Command and Control (C2) et la guerre électronique opèrent en véritable symbiose, constituant un duo capacitaire indissociable où chaque fonction soutient et amplifie l’autre, garantissant une boucle décision–action plus rapide. Cette interdépendance forte est à penser de façon cohérente, équilibrée et réaliste.

Le C2 est une cible prioritaire pour la guerre électronique adverse qui cherche à désorganiser l’ennemi. Cette dynamique crée une tension constante où chaque camp cherche à protéger son propre C2 tout en exploitant les vulnérabilités du C2 adverse.
En combinant Command and Control (C2) et guerre électronique, les forces armées peuvent non seulement réagir plus rapidement aux menaces, mais aussi anticiper les mouvements de l’ennemi.

Le champ de bataille moderne : quatre dimensions clés à intégrer 

Dans le cadre du combat contemporain, le Command and Control (C2) et la guerre électronique doivent s’adapter à des dimensions stratégiques en constante évolution. Quatre axes structurent cette transformation :

  • Connectivité et interopérabilité (multi-domaines, interalliés, coalition). 
  • Drones et systèmes autonomes, préalables à la généralisation de la robotisation. 
  • Cyber et guerre électromagnétique, au cœur des différentes formes de conflictualité. 
  • Adaptabilité et agilité, pour expérimenter et intégrer rapidement les innovations technologiques et tactiques afin de prendre et conserver l’ascendant. 

La question devient : comment hiérarchiser les besoins du Command and Control (C2) et de la guerre électronique dans ce contexte ? 

Une grille de lecture pragmatique : la pyramide des besoins du Command and Control (C2) et de la guerre électronique 

Pour hiérarchiser ces besoins et permettre leur cohérence globale, appuyons-nous sur une analogie avec la pyramide de Maslow : pas de capacités avancées sans prérequis solides. 

 L’IA, le cloud de combat ou le combat collaboratif ne sont pas les bases du système de forces, mais les bénéfices qui émergent d’un socle robuste et bien structuré. 

La pyramide des besoins du Command and Control (C2)

Pyramide des besoins de command and control C2

Schéma de la pyramide des besoins de Command and Control (C2)

 

La prise de l’ascendant sur l’adversaire repose aujourd’hui sur la supériorité informationnelle et la rapidité des effets produits dans l’ensemble des zones d’action souvent présentés en trois tiers :  REAR, CLOSE et DEEP[3]. Cette aptitude à la fulgurance suppose toutefois la satisfaction préalable de besoins fondamentaux. Il s’agit d’abord de garantir un accès sécurisé et continu aux ressources critiques que sont l’énergie, les réseaux de télécommunication et les données de positionnement, de navigation et de temps (GNSS, Global Navigation Satellite System), grâce au chiffrement, à la résilience à la déconnexion, à la redondance et à l’hybridation des réseaux, appuyées sur des architectures IT performantes.

Ce socle technique conditionne ensuite la gestion dynamique des flux d’information et des données, selon des logiques de « besoin d’en connaître » et de segmentation multiniveaux. En bout de chaîne, l’efficacité opérationnelle repose sur la synchronisation des acteurs (humains comme systèmes) et l’ergonomie des applicatifs des systèmes de Command and Control (C2), afin de réduire la charge cognitive et de valoriser “la donnée”, notamment par le recours à l’intelligence artificielle qui démultiplie les capacités de traitement et accélèrent les processus décisionnels.

La pyramide des besoins de la guerre électronique 

pyramide-des-besoins-de-guerre-electronique

Schéma de la pyramide des besoins de guerre électronique

 

D’autre part, la conquête de la supériorité électromagnétique suppose d’abord l’acquisition et la compréhension de l’activité EM, par la détection, la localisation et la caractérisation des émissions, qu’elles soient amies, adverses ou civiles. Ce socle permet ensuite le déploiement, sur l’ensemble de la zone d’opérations, de capacités d’entrave et de leurrage (brouillage, détection et intrusion) visant à perturber l’adversaire tout en protégeant ses propres systèmes.

À un niveau supérieur, la fusion des données issues du management du spectre, du renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) et des sources ouvertes permet l’établissement d’un Command Operational Picture dans le CEM (COP EM) partagé avec les autres domaines de lutte et l’ensemble des acteurs du champ électromagnétique. Cette connaissance commune conditionne la mise en œuvre d’outils de coordination cyber-électromagnétique, indispensables à la planification et à la conduite des actions. L’ensemble converge vers l’objectif final de suprématie électromagnétique : garantir la liberté d’action des forces amies dans le CEM tout en niant celle de l’adversaire, dans un contexte MDO (multi-domain operations)[4].

Les angles morts identifiés : résilience et supériorité électromagnétique 

Les technologies avancées comme l’IA ne délivrent leur puissance que sur des fondations solides. Leur intégration cohérente dans l’architecture de forces est la clé pour obtenir de véritables effets opérationnels. 

Ainsi, deux axes critiques ressortent de notre analyse comme souvent sous-estimés : 

1/ La résilience face à la perte de connectivité 

  • Cyber résilience des communications : formes d’onde et protocoles RF (RadioFréquences) robustes. 
  • Hybridation et redondance des moyens de communication : ne pas dépendre d’un seul système et diluer sa signature électromagnétique. 
  • Passerelles d’interopérabilité : interalliées, multi-domaine, M2MC. 
  • Synchronisation et gestion dynamique des échanges de données (approche data-centric security / Zero Trust).

2/ La supériorité électromagnétique

  • Connaissance de l’activité EM : COP EM en temps réel (comme une COP tactique, mais pour le CEM). 
  • Planification de l’emploi de la ressource spectrale (ressource rare et partagée) : gestion fine des fréquences dans une logique de manœuvre électromagnétique. 
  • Capacité d’entrave et d’action dans le CEM : brouillage, leurrage, cyber-entrave. 
  • Coordination temps réel dans le CEM via un C2 dédié, interfacé avec les autres domaines. 

 

Sans prérequis solides en Command and Control (C2) et en guerre électronique, même les capacités numériques les plus avancées (IA, drones, robotisation) restent inopérantes et vulnérables.

Gagner la guerre de demain grâce à des prérequis solides en Command and Control (C2) et guerre électronique 

Pour conclure, la supériorité opérationnelle ne repose pas uniquement sur des technologies de rupture, mais sur la cohérence de l’architecture globale pour permettre la synchronisation des effets.

Sans prérequis solides en Command and Control (C2) et en guerre électronique, même les capacités numériques les plus avancées (IA, drones, robotisation) restent inopérantes et vulnérables. Assurer la résilience des communications et la maîtrise du champ électromagnétique constitue donc un fondement durable indispensable pour transformer les technologies les plus avancées en véritables leviers d’efficacité opérationnelle. 

 


Pour en savoir-plus, découvrez SICS (Système d’Information du combat SCORPION) et nos solutions de guerre électronique Avantix.


[1]  Marc Monchal, général d’armée, chef d’état-major de l’armée de terre (1989-1992), propos tenus dans le cadre des réflexions doctrinales postérieures à la guerre du Golfe, cités par l’AGEAT, La révolution informationnelle et les armées, début des années 1990.
[2] Dès 2018, la modernité des enjeux de la GE était explicitée par le général de corps d’armée Patrick Justel, alors auditeur au CHEM, dans l’article La guerre électronique : question du passé ou d’avenir ? Cahiers de la RDN  Action 2030 CHEM 2018 
[3] REAR (arrière, support logistique et commandement), CLOSE (proche, zone de contact direct avec l’ennemi), et DEEP (profond, frappes à longue portée et perturbation des lignes arrière adverses).
[4] MDO (MultiDomain Operations), également désigné M2MC (multimilieux / multichamps) dans certains documents de doctrine français. Il englobe les milieux terre, air, mer, espace et cyber, ainsi que les champs informationnel et électromagnétique. 

En savoir-plus

SICS Solution page

SICS

SICS : le Système d’Information du Combat SCORPION